Quand la quête d’authenticité frôle le néocolonialisme

Bon ok, le titre de cet article est un peu racoleur et c’est en partie voulu. Mais le propos que nous allons aborder dans ce billet s’en approche pourtant énormément. Depuis plusieurs mois déjà, nous voyageons sur le continent asiatique et quelque chose nous a frappé presque à chaque fois que nous faisions des recherches sur internet pour glaner des informations. Un mot surtout revenait souvent : « l’authenticité ». Selon plusieurs voyageurs, pour qu’un voyage soit réussi, il faut aller à tel ou tel endroit pour que ce soit « authentique ». Un mot galvaudé mais qui est de nos jours, à en croire plusieurs blogs ou forums, un gage de qualité. Comme un tampon qu’on applique sur un produit prêt à être consommé. Seulement on a trouvé que l’authenticité rimait un peu trop souvent avec la pauvreté…

Comme on vous le disait, le mot à la mode en ce moment c’est, à n’en pas douter, le terme « authenticité ». Bien en haut dans la liste des termes en vogue et bien placé à côté du terme « hors des sentiers battus » (mais ça c’est encore une autre histoire, on abordera peut-être ce sujet plus tard). Eh oui. Pour que ton voyage soit réussi, il faut qu’il soit authentique. Avant toute chose, il faut arriver à définir le terme « authentique ».  Le dictionnaire Larousse défini ce terme comme quelque chose d’une « totale sincérité », « dont l’origine est « indubitable ».

Ce qui nous a particulièrement frappé c’est que la quête d’authenticité apparaît souvent comme un Graal absolu. À en croire certains il faudrait éviter les capitales et les grandes villes de certains pays pour s’approcher de cette authenticité tant recherchée. Ce qui est étonnant c’est que l’authenticité est différente selon le pays visité. Ainsi en Asie ou en Amérique du Sud on fera souvent référence à l’authenticité en parlant de petits villages ou d’ethnies qu’il faut absolument rencontrer. Même si parfois on vous les présente sous forme de mise en scène comme cela peut être le cas sur les îles Totoros au Pérou ou dans certains villages de femmes-girafes en Thaïlande. Dans ces cas là, le voyeurisme l’emporte toujours d’ailleurs. En revanche, l’authenticité dans les pays développés sera totalement différente. Là, on vous conseillera mille et une manière de vivre comme un local. Voir le « vrai » New York ce sera aller dans certains quartiers à la mode et tester les derniers restos « végan ». Ainsi, l’authenticité dans les pays dits en voie de développement est très souvent synonyme de pauvreté. Il faut aller voir le « vrai » Laos ou le « vrai » Cambodge en visitant de petits villages et surtout éviter les grandes villes. La ville de Vientiane est souvent décriée par exemple, elle n’aurait plus rien d’authentique. Les laotiens qui y vivent auraient donc perdu toute leur authenticité, inutile d’aller à leur rencontre.

Bon mais alors pourquoi on parle de néocolonialisme ? Avant d’aller plus loin, une petite définition s’impose. Voici ce qu’on trouve comme définition sur le dictionnaire Larousse:

« Politique menée par certains pays développés visant à instituer, sous des formes nouvelles, leur domination sur les États indépendants du tiers monde autrefois colonisés. »

Par extrapolation, on accuse certains états et même le FMI de maintenir sciemment les pays dits du « Tiers Monde » dans « un endettement, un appauvrissement et une dépendance coloniale ».  C’est dans ce cas de figure que nous parlons de « néocolonialisme » dans cet article. On a l’impression que certains touristes souhaitent que les pays moins développés restent dans cet état de pauvreté pour leur plaisir, pour avoir de « l’authentique » sans prendre en compte les besoins des habitants qui y vivent. Pourquoi évolueraient-ils après tout ?

Pour vraiment connaître un pays il faudrait alors se rendre uniquement dans les parties les plus pauvres, où c’est encore authentique. Dans notre cas, on a nettement l’impression que l’authenticité rime avec pauvreté. Les villages avec de jolies maisons en bambous sont authentiques, peu importe que les familles qui y vivent n’aient pas un sou. C’est authentique, et ça c’est le plus important. De même, on a lu sur certains blogs, des voyageurs s’indigner car les routes en terre dont parlait leur guide avaient laissé place à des routes goudronnées et balisées, c’était donc « beaucoup moins authentique » (sic). On marche un peu sur la tête là non? Dans ce cas, on parle clairement de néocolonialisme, le voyageur veut que ces pays n’évoluent pas pour qu’ils restent « authentiques », pour le bien de leur voyage.  Les routes en terre et les maisons mal isolés sont tellement plus « authentiques », peu importe le confort des habitants finalement…

na_kang
ça c’est authentique !
centre ville de thakhek
Hum pas assez authentique…

Alors bien sûr on ne remet pas en question le fait de faire des treks pour aller à la rencontre de minorités ethniques ou de visiter des villages jugés moins touristiques, nous l’avons d’ailleurs fait à plusieurs reprises lors de notre voyage notamment au Laos ou en Thaïlande. Ce qui nous gêne c’est surtout la manière dont le terme « authentique » est utilisé. On le rencontre surtout pour parler de certains pays (les plus pauvres généralement) et souvent il met en lumière un quasi mépris pour les habitants qui vivent dans les villes, mais aussi pour les habitants des villages reculés, qui sont alors perçus comme des animaux de foire. Pourtant c’est dans les grandes villes qu’on a davantage l’occasion de rencontrer des personnes qui parlent anglais et qui peuvent nous en apprendre beaucoup plus sur leur pays d’origine.

Loin de nous l’idée de juger mais on pense sérieusement que ce mot est beaucoup trop galvaudé et utilisé à mauvais escient. Comme on est plutôt ouverts d’esprits :), on vous laisse nous dire ce que vous en pensez en commentaire de cet article. On a hâte de découvrir vos différents avis sur la question.

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2 comments

  1. Article très intéressant, notamment sur le côté ou certains aimeraient qu’il n’y ait pas de développement dans ces régions dites « authentiques ». Le sujet du « hors des sentiers battus » est clairement à développer aussi. C’est le même mal qui touche les backpackers, une sorte de snobisme, où l’essentiel est de ne pas faire comme tout le monde et de ne voir aucun autre touriste. Mais nous sommes tous des touristes, quelque soit notre façon de voyager. Et au final, nous faisons en grande partie tous la même chose, dans les mêmes pays. Au passage bravo pour votre joli blog !

  2. C’est clair que c’est tendance et ce peut vite être une dérive. ..
    À mon sens la beauté d’un pays c’est souvent les gens et leur culture.

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