Bienvenue à l’ambassade aborigène d’Australie

Il y a certains moments dans le voyage qui marquent. Des instants où on sent que quelque chose change, on est touché au plus profond de nous sans vraiment savoir pourquoi. Ce sentiment, nous l’avons eu en visitant Canberra, la capitale australienne et en s’approchant de l’ambassade aborigène. On vous explique pourquoi Canberra a marqué un véritable tournant dans notre voyage en Australie. Alors que nous traversons la ville, un container sur la pelouse d’en face attire notre attention. Sur ce container, on retrouve les couleurs du drapeau aborigène et cet écriteau: « Aboriginal Embassy ».

L’ambassade aborigène

ambassade aborigene

Ce container nous intrigue, on s’approche. Au-dessus de nos têtes, des drapeaux aborigènes peinent à flotter dans la chaleur étouffante de cette fin de matinée. En descendant les escaliers vers la pelouse, on se rend compte que ces derniers sont peints aux couleurs du drapeau aborigène. En bas, un homme accroupi face au Parlement tient un didjeridoo à la main, cette sculpture ultra réalise nous surprend. Au dessus de lui quelques lettres qui forment le mot « Sovereignty ».

canberra autour de l'ambassade aborigène

La rencontre

Alors que nous sommes en train de prendre quelques photos, une voix nous interpelle. Près d’une grande tente un vieil homme nous fait signe de le rejoindre. Cet aborigène à la longue barbe blanche nous sourit et se présente. Il nous invite à pénétrer dans la tente avec lui et deux autre aborigènes. Ils sont contents de voir des visiteurs, ils parlent vite, avalent certains mots et possèdent cet accent propres aux aborigènes.

Pourquoi sont-ils là ? Que signifie cette « ambassade aborigène »? Ravis d’avoir un auditoire, ils nous expliquent. Cette « ambassade » est là depuis 1972. Elle a obtenu une reconnaissance officielle en 1995 et désormais, les aborigènes sont libres de camper sur place gratuitement. Ils nous invitent d’ailleurs à nous joindre à eux pour la nuit. Ces nombreuses tentes posées ici et là sur la pelouse représentent bien plus qu’un simple campement de fortune. Pour eux, c’est un lieu qui leur permet de militer, de s’organiser et de défendre leur cause.

La grande tente où nous entrons est assez désordonnée. Sur la table où nous nous installons il y a des livres et des journaux posés en vrac. Tous les livres sont en rapport avec la culture aborigène. A ce moment là, on se rappelle la première fois où nous en avions croisé. C’était à Cairns et la plupart d’entre eux avait une bouteille à la main. A Jervis Bay, la communauté établie dans le Booderee National Park n’accueillait pas de touristes et nous n’avions pas voulu outrepasser nos droits. Même si nous avions très envie de discuter avec l’un d’entre eux et d’avoir leur ressenti sur la situation actuelle. Ce n’était pas évident à ce moment là. Aujourd’hui, nous pouvons enfin nous poser et discuter avec plusieurs aborigènes.

Pour Daïnah cela représente une aubaine unique, c’est un rêve de gamine qui se réalise. Rencontrer enfin des aborigènes d’Australie qui possède une culture qu’elle admire tant. Mais ce jour-là nous ne sommes pas là pour discuter art ou tradition mais bien des enjeux de survie pour ce peuple millénaire.

L’Histoire des aborigènes d’Australie est bouleversante. Chassés de leurs terres où ils habitaient depuis 10,000 ans, ces hommes et ces femmes se retrouvent aujourd’hui « coincés » entre le maintien de leur tradition et le monde occidental qu’on souhaite leur imposer. Après une première génération bernée par les promesses de l’homme « blanc » vient la génération « volée », où des milliers d’enfants aborigènes sont retirés de leur famille pour être éduqué à l’occidental et leur faire oublier leur culture.

Contrairement à d’autres pays qui essayent tant bien que mal de revaloriser les cultures des premiers habitants (comme la Nouvelle-Zélande et les maoris ou la culture andine en Bolivie par exemple) l’Australie ne fait aucun effort de ce côté-là…

Que souhaitent aujourd’hui les aborigènes d’Australie de la part du gouvernement ?

Plus qu’une reconnaissance de leur culture ils souhaitent reprendre le contrôle de leurs terres et vivre comme ils l’entendent. En accord avec la nature et leurs traditions, loin du modèle occidental et de l’Australie « moderne ». Ce sujet les touche, leur discours se fait plus saccadé, chacun apporte une anecdote, un morceau de journal avec un article sur le sujet. L’un d’eux prend la parole et nous donne l’exemple d’une terre repris aux aborigènes pour extraire de l’uranium. Cet homme métis au regard d’un bleu profond, nous montre d’autres photos et nous parle avec sa voix grave des combats gagnés mais aussi perdu puis reste silencieux.

Le plus vieux d’entre eux questionne ensuite Daïnah sur ses origines. L’évocation de l’Afrique les interpelle, dans leurs yeux, on comprend qu’ils se disent qu’en tant « qu’africaine », Daïnah doit encore mieux comprendre leur combat. Ils comparent l’histoire du continent africain avec la leur. A partir de ce moment là, on a l’impression qu’on s’est encore davantage rapprocher les uns des autres. Grâce à une couleur de peau qui dans ce pays est d’une importance capitale encore aujourd’hui…

L’heure a bien tourné et nous devons à présent les quitter. Une seule demande de leur part, parler de leur combat et de la situation des aborigènes aujourd’hui en Australie. A travers cet article, nous avons voulu tenir notre promesse et parler de la situation des aborigènes d’Australie, plus vieille civilisation encore en vie sur la planète. Cette rencontre nous aura énormément marquée et la visite de Canberra nous ouvrira encore un peu plus les yeux sur l’Histoire de ce pays-continent. Pour en savoir un peu plus sur le symbole que représente cette ambassade aborigène et le campement qui l’entoure, on vous conseille cet article. 

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