Australie: entre paysages époustouflants et racisme latent

Si vous avez lu nos articles sur l’Australie, vous n’avez sans doute pas perçu quelque chose qui nous est resté en travers la gorge. Parce que parfois il est difficile de mettre des mots sur des regards, des manière de parler ou des actes. Pour vous décrire au mieux ce qu’il s’est passé, c’est Daïnah qui va écrire cet article à la première personne.

Lors de notre arrivée à Melbourne je me suis sentie comme soulagée. Ce soulagement venait d’un simple fait, nous allions quitter l’Australie et laisser derrière nous un racisme latent qui m’a fait du mal pendant mes 2 mois sur place. Le racisme existe partout certains mots et certains regards marquent mais généralement je ne m’y attarde pas plus que ça. C’est juste une habitude à prendre.

une porte d'entrée à melbourne

En Asie, la curiosité parfois déplacée des habitants m’a souvent laissé de marbre même quand des femmes venaient me toucher les cheveux sans me demander quoique ce soit ou quand un vietnamien me prenait en photos sans me demander la permission. Ce n’est pas ce que j’appelle du racisme, je préfère mettre ça sur le compte de la curiosité. Même si je sais qu’en Asie la couleur de peau est aussi un critère important et qu’il entretient une certaine hiérarchie.

Que s’est-il passé en Australie ?

Alors que s’est-il passé en Australie ? Si quelqu’un me demande de citer des exemples précis, j’en serai incapable. Pourtant, j’ai clairement ressenti une hostilité de la part des australiens. Particulièrement dans les petites villes ou les villages. Il est difficile d’expliquer et de ne pas tomber dans la paranoïa. Était-ce vraiment du racisme? Est-ce que je n’ai pas mal interprété certains gestes ou certains regards. Est-ce que la fatigue n’a pas joué un rôle dans mon ressenti? Comme je l’ai dit plus haut, J’avais déjà expérimenté ce genre de regards en Asie mais c’était différent car là-bas les regards se transformaient facilement en sourire. En Australie, ce ne fut quasiment jamais le cas.

Tout au long de notre voyage, j’ai senti des regards pesants, méprisants à mon égard. Cela a été difficile à vivre au quotidien. Surtout quand on dort dans des campings où ton voisin te toise en te voyant arriver. Jamais je n’avais ressenti ce genre de regard méprisant parfois plein de dégoût. Alors à chaque fois, j’avais envie qu’on bouge rapidement, qu’on retrouve une grande ville pour ne plus sentir ce genre de regard peser sur moi. Au bout d’un mois, j’avais déjà envie de partir, de retrouver cette dignité qu’on m’ôtai chaque fois qu’on me regardait.

L’Australie je l’avais rêvé différemment, j’avais beaucoup d’attente concernant ce pays et je pense que c’est aussi pour cette raison que la déception a été encore plus grande. Contrairement à Clément qui ne souhaite plus remettre un pied en Australie, j’ai toujours cette envie de découvrir une autre facette du pays en parcourant le Northern Territory notamment, où on peut découvrir de superbes fresques aborigènes. Mais il me faudra du temps pour diriger ce qu’on a vécu sur place et je ne me sens pas prête d’y revenir dans les années qui arrivent. Notamment parce que l’histoire du pays m’a profondément marquée.

manja shelter

Comprendre à travers l’histoire de l’Australie

L’histoire de l’Australie permet de comprendre un peu plus le racisme latent qui existe dans ce pays. Les aborigènes ont énormément souffert depuis l’arrivée des Britanniques. On leur a pris leurs terres, on a essayé de leur faire oublier leur culture et ce n’est qu’en 2008 qu’un premier ministre s’est excusé auprès du peuple aborigène pour toutes les abominations commises. Seulement en Australie, on pensait que les aborigènes finiraient pas disparaître. Aujourd’hui ils ne représentent plus que 6% de la population et certains australiens attendent juste que cette civilisation s’éteigne. Alors leurs revendications concernant leurs terres importent peu.

La situation des aborigènes est aujourd’hui extrêmement préoccupante. Entre l’espérance de vie (inférieure de 10 ans par rapport aux australiens « non aborigène »), le niveau d’étude où le pourcentage de chances de se retrouver en prison (15 fois supérieur par rapport à un australien « non aborigène »), il y a de quoi s’indigner. Ces chiffres sont tout simplement scandaleux pour un pays qui se hisse à la 13ème place du rang mondial des pays les plus riches du monde. Mais il ne suffit pas d’exposer des chiffres car parmi les aborigènes nombreux sont ceux qui ne souhaitent pas appartenir à ce monde occidental. Certains arrivent à vivre tant bien que mal sur leurs terres tandis que d’autres essayent de vivre décemment dans les grandes villes australiennes. La question est aussi plus complexe car certains aborigènes souhaitent simplement reprendre leurs terres volées pour y vivre. Mais aujourd’hui ces terres se trouvent à Melbourne, sur la Gold Coast ou au niveau d’un parc national, alors comment faire ?

Nous nous sommes beaucoup questionné sur le sort des aborigènes, sur ce qu’ils représentent et ce qu’ils vont devenir. L’unique raison qui m’a poussé à venir en Australie était pour en savoir plus sur ce peuple millénaire mais l’itinéraire que nous avons choisi n’était pas du tout cohérent avec mes attentes. Nous aurions dû aller dans les territoires du nord puis au centre du pays. C’est un road trip que nous gardons en tête et que nous souhaitons peut-être faire un jour. En attendant, nous avons parcouru l’Est du pays. Le plus touristique mais également celui qui a pratiquement effacé la présence des aborigènes. Il faut le vouloir pour en apprendre plus sur leur culture dans cette partie du territoire.

Pour toutes ces raisons, l’Australie restera un pays à part dans notre tour du monde. Un pays fantasmé qui m’a fait tombé de haut. Je l’ai évidemment ressenti différemment par rapport aux PVTistes ou au « Tourdumondistes » qui passent ici en vitesse et qui sont souvent blancs. Aucun article n’aurait pu me préparer à ce voyage, je connaissais le racisme qui existait envers les aborigènes, mais je n’aurais pas pensé en être la cible. Bien évidemment, il y a des choses positives qui se passent malgré tout, un plan a notamment été mis en place par le gouvernement en 2008 pour changer les choses, « Glosing the gap ». Les résultats sont loin d’être satisfaisants, mais le programme a le mérite d’exister.

Vous l’aurez compris, il y a encore beaucoup de choses à régler en Australie. Pour moi, ces rapports conflictuels continuent à alimenter un certain racisme en Australie. Ceci n’est que mon ressenti, que j’ai essayé de reconstituer aussi fidèlement que possible, après y avoir réfléchi plusieurs mois. Mais j’avais besoin de le poser par écrit pour pardonner un peu à ce pays qui m’avait fait tant rêver étant plus jeune.

L'article vous a plu ? Partagez-le ;)
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
1

1 comment

  1. Hello ! Pour avoir été en Australie il y a quelques années, j’ai aussi été témoin de racisme mais surtout envers des aborigènes. J’en ai vu se faire expulser de guesthouse, leur affaire dans des sacs poubelles, j’étais horrifiée. J’ai ressenti également une méfiance envers les français. Nous avons une réputation de voleur. Comme l’Australie responsabilise plus les habitants qu’en france, les français ont tendance à en profiter (ne pas payer leurs ticket de ciné, leur repas ou autre)…
    Tes expériences en Asie m’ont fait sourire ! Je me souviens au Nepal d’avoir été épiée et prise en photo parce que j’étais « blanche ». Ca fait un peu animal de foire mais ça permt de faire des rencontres !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.