Bolivie: Santa Cruz de la Sierra et le train de la mort

Nous quittons La Paz pour nous rendre à Santa Cruz de la Sierra, à l’Est du pays. Nous prenons un bus de nuit pour nous y rendre et choisissons la compagnie « Transcopacabana », réputée pour son sérieux et son confort. Comme d’habitude, la gare routière est animée, on entend les rabatteurs crier les destinations disponibles. On croise des gens pressés, des familles et aussi des backpackers.

Avant de quitter La Paz, nous nous asseyons à un petit stand à l’entrée de la gare routière sur de simples tabourets colorés en plastique. La vendeuse essaye de nous vendre tous ces produits. Mais nous avons déjà une idée en tête, on veut manger une dernière fois des  » arroz relleno » (des sortes de boules de riz fourrés) et on goûte aussi au « beso de negro », une pâtisserie locale au chocolat finalement assez décevante.

On quitte La Paz avec un petit pincement au coeur. Nous n’attendions rien de cette ville et elle nous a agréablement surprise. C’est souvent comme ça d’ailleurs. Lorsqu’on n’attend rien de précis, on ne peut pas être déçus ! On monte dans notre bus (qui comme d’habitude n’est pas à l’heure) et on s’installe à nos places. Le bus est presque vide et on se dit qu’on va pouvoir bien dormir cette nuit. Notre enthousiasme sera de courte durée.

Lorsque le bus quitte La Paz et s’arrête à « El Alto », la ville de banlieue collée à la capitale, le bus affiche quasiment complet et on vous le donne en mille, il y a beaucoup d’enfants qui montent à bord. On sent que la nuit va être un peu moins calme que prévue…On arrive malgré tout à s’endormir mais à 3h du matin, on nous réveille brusquement.

C’est la police bolivienne qui nous secoue pour nous réveiller. Montrer nos passeports ne suffit pas, on doit sortir du bus et nos sacs sont minutieusement fouillés. Alors qu’on pensait remonter dans le bus après ce contrôle, la police bolivienne nous dit qu’il y a un grave problème. Nous n’avons pas de tampon dans notre passeport qui prouve que nous sommes bien entrés dans le pays. La raison c’est qu’à La Quiaca (à la frontière argentine), on nous a juste donné un ticket où le tampon est bien apposé mais effectivement, rien dans notre passeport. Cela les embête grandement et ils ne veulent pas nous laisser passer.

Notre bus redémarre et là on pense avoir été abandonnés au beau milieu de nulle part en pleine nuit. On explique une dizaine de fois ce qu’il s’est passé à la frontière et après plusieurs supplications, on a le droit de repartir. Nous voilà donc tous les deux sur une route à peine éclairée à essayer de retrouver notre bus. En fait, il s’est arrêté une centaine de mètres plus loin pour la pause pipi. Vous imaginez notre soulagement !

On se rendort tant bien que mal mais avec les nombreux enfants à bord, ce n’est pas évident…Les heures défilent et le soleil fait une timide apparition. Les paysages ont considérablement changé pendant la nuit. Nous avons quitté les montagnes enneigées pour une forêt luxuriante et des champs à perte de vue, quel contraste! En revanche, aucune trace de chaleur ou de soleil. Pour le côté exotique, on repassera.

Santa Cruz de la Sierra

En arrivant à Santa Cruz de la Sierra, on espérait trouver une ville animée mais en ce dimanche du mois de Juin, on déchante totalement en arrivant à Santa Cruz. On a d’ailleurs du mal à croire que nous venons de débarquer dans la capitale économique du pays ! On nous avait dit tellement de bien de cette ville...Le centre ville est désert et un vent glacial s’engouffre dans les ruelles de la ville. La recherche d’un hébergement tourne au cauchemar, soit les hébergements qu’on avait noté n’existent plus soit ils sont trop chers. Nous voilà obligés de dormir à « Residencial Ikandire » pour 170 BOB la nuit soit 21,50€ la nuit. Les chambres sont propres et le petit déjeuner est inclus, c’est déjà pas mal.

Quelle frontière pour passer au Brésil ?

A Santa Cruz, nous nous renseignons dans un premier temps sur le passage de frontière. Depuis Santa Cruz de la Sierra, nous avons plusieurs possibilités pour nous rendre au Brésil: la ville de San Matias, San Ignacio ou Puerto Quijarro en empruntant un train. L’idéal pour nous est de rejoindre San Matias au nord car cela nous rapproche considérablement de la ville où nous souhaitons nous rendre au Brésil, Cuiabá.

Manque de bol, San Matias est le fief de bandes organisés qui font transiter de la drogue entre le Brésil et la Bolivie. La police de Santa Cruz nous déconseille vivement d’emprunter cette route jugée trop dangereuse pour de simples touristes. Nous n’insistons pas. Notre seconde possibilité « San Ignacio » nous fait prendre de toute façon le train pour ensuite prendre un bus. Nous optons donc pour « Puerto Quijarro ». C’est le terminus du train et de là nous pouvons passer dans la ville frontalière voisine du Brésil, Corumbá. De là, nous devrons prendre plusieurs bus pour rallier Cuiabá.

Maintenant que la question du passage de frontière est réglée, nous devons vérifier que nos papiers sont en règle. Après la frayeur de la nuit dans le bus, on veut être sûrs de pouvoir passer la frontière sans encombres. Nous avions pensé prolonger notre visa pour avoir ce fameux tampon sur notre passeport. Nous avons patienté une matinée entière pour avoir ce précieux graal mais nous nous sommes rendus compte trop tardivement que la prolongation est tamponnée directement sur le ticket reçu à la frontière bolivienne, principal objet de notre inquiétude…L’employé en face de nous nous l’assure, nous n’aurons aucun problème pour sortir du pays. On compte juste sur des mots et on espère ne pas avoir de soucis le moment venu.

Que faire à Santa Cruz ?

Et sinon, à part la paperasse et notre itinéraire qu’avons nous fait à Santa Cruz? Durant nos quelques jours sur place, nous avons quand même visité la ville et tester quelques bars 🙂

  • Le Musée d’Art Contemporain de Santa Cruz

Nous avons d’abord découvert le musée d’Art Contemporain de Santa Cruz. Un musée assez modeste situé dans un joli bâtiment colonial. On a pu voir de nombreuses oeuvres sur la thématique de la mer (sujet hautement important en Bolivie) mais aussi sur le harcèlement des jeunes ou encore sur le christianisme.

musée d'art contemporain santa cruz de la sierra

santa cruz boliviePetit point sur le sujet de la mer en Bolivie. Ce sujet a été évoqué tout le long de notre séjour en Bolivie alors un compte-rendu sans en parler serait incomplet.  Il faut savoir qu’à une époque la Bolivie s’étendait jusqu’à l’Océan Pacifique. Mais cet accès à la mer fut perdu après la guerre contre le Chili, il y a 130 ans environ. Information importante : les chiliens auraient attaqué la Bolivie au lendemain d’une grande fête nationale, au petit matin lorsque les boliviens enivrés dormaient paisiblement. Du moins c’est l’histoire qu’on nous a raconté…

Il y a quelques années, la Bolivie a saisi le tribunal de La Haye pour redéfinir ses frontières et négocier un possible accès à la mer avec le Chili. Depuis la demande a été rejetée mais lorsque nous y étions tout était encore possible. Le hashtag #MarParaBolivia était visible partout notamment à La Paz et de nombreuses actions avait été mises en place pour soutenir cette demande. Pour en savoir plus, on vous invite à lire cet article qui résume très bien la situation.

  • Le Paseo Artesanal

A Santa Cruz, il y a un petit marché artisanal où nous avons fait nos dernières emplettes avant de quitter le pays. L’occasion de dépenser nos derniers bolivianos et de craquer pour quelques souvenirs. Le marché est petit et n’a rien à voir avec ce qu’on peut voir à La Paz. On a payé un poil plus cher que ce qu’on nous proposait à La Paz donc si vous avez le choix, on vous conseille d’acheter vos souvenirs à La Paz.

  • Le Musée de l’indépendance de Santa Cruz

Après Potosi et Sucre, place au musée de l’indépendance à Santa Cruz. Le lieu est beaucoup plus exigu que dans les deux autres villes et nous sommes les seuls à visiter le lieu avec un guide très enthousiaste. Il nous parle notamment d’Ignacio Warmis, le héros de l’indépendance crucena. Malgré la sympathie du guide, on doit vous avouer que la visite n’est vraiment pas transcendante…

  • Le Mercado Central

Comme d’habitude, on fait un petit tour du côté du Mercado Central pour manger. C’est assez amusant de voir comment les menus ont évolué. Nous ne sommes pas loin du Brésil et quelques spécialités brésiliennes sont déjà à la carte. On ne se laisse pas tenter (un peu de suspense quand même) et on profite de nos derniers jours en Bolivie pour goûter aux plats locaux, un Pique Macho pour Clément et un Locro de Gallina pour Daïnah.

  • La Cathédrale et la place centrale

Le centre ville avec sa place centrale offre une belle image du passé colonial de la ville. L’imposante Cathédrale (qui était toujours fermée lorsque nous y étions) et les bâtiments qui l’entourent ont vraiment du cachet. Sous le soleil la place centrale doit vraiment être belle.

place centrale santa cruz de la sierra bolivieNotre dernier soir à Santa Cruz, nous le passons dans un bar irlandais où on tombe nez à nez avec une copine de fac de Daïnah! La coïncidence est assez incroyable. On passe la soirée ensemble et c’est une note très agréable pour finir notre aventure en Bolivie. On doit quand même vous dire que Santa Cruz de la Sierra possède quelques bars vraiment sympas comme ce pub irlandais ou le bar « Mojitos », où on peut boire de délicieux mojitos, comme son nom l’indique.

Honnêtement, nous n’avons pas exploré toutes les « attractions » de la ville. Santa Cruz de la Sierra est entourée de nombreux parcs nationaux et si la météo avait été avec nous, nous serions sans doute restés un peu plus longtemps pour nous promener en dehors de la ville notamment au Parc national Amboro. Nous n’avons eu que de la pluie pendant nos quelques jours sur place et nous n’avions aucune envie de prévoir des treks ou des randonnées avec ce temps là. On a quand même pu croiser quelques oiseaux exotiques sur la place centrale de la ville.

oiseaux santa cruz

perroquets santa cruz de la sierraDans cette zone, il est également possible de visiter les Missions Jésuites. Daïnah aurait beaucoup aimé les voir mais le circuit touristique proposé était trop cher et le faire seul ne revenait pas forcément moins cher. Tant pis pour ces dernières visites, notre voyage continue vers le Brésil.

« El tren de la muerte » : Le train de la mort entre la Bolivie et le Brésil

Pour quitter la Bolivie, nous avons pris le « train de la mort » qui nous a conduit jusqu’à la frontière avec le Brésil. Avant toute chose, Pourquoi ce surnom de « train de la mort » ? Apparemment, ce surnom a été donné car à une époque il a transporté des cadavres atteints d’une épidémie de la fièvre jaune. Rien à voir donc avec la sécurité ou les risques de mort en l’empruntant. Nous voilà rassurés.

Le train part seulement quelques jours par semaine et il y a différents types de train et différentes classes. Nous avons choisi le train « Expresso Oriental » qui dure environ 18h. On ne savait pas trop à quoi s’attendre mais le train est en fait spacieux et confortable. Il y a de la musique et la télévision à bord et il y a même un restaurant-bar. Nous embarquons dans le train vers midi. Dans notre wagon, il y a 6 touristes dont 4 américains. Rien à voir avec les cars bondés de touristes entre la Bolivie et le Pérou, ce chemin est nettement moins empruntés par les backpackers.

Pour nous, les trajets en train sont toujours très agréables. On regarde par la fenêtre, on parle, on bouquine et surtout on peut se lever quand on le souhaite. Vers 14h, on se dirige vers le wagon restaurant et on mange notre dernière « milanesa de pollo ». Le serveur est très sympa et il prend le temps de discuter un peu avec nous. Le trajet se passe bien et en parcourant les wagons on croise un blanc d’un certain âge en salopette. Il s’agit d’un mennonite. On en avait croisé quelques uns à Santa Cruz sans vraiment y faire attention.

train de la mort bolivie brésil

tren de la muerte bolivie bresilEn fait, il s’agit d’un groupe d’individus qui refuse toute forme de modernité. Ils vivent reclus et cultivent la terre. Ils parlent un dialecte qui leur est propre et qui est dérivé de l’allemand. C’est une véritable curiosité de voir cet homme-là, à ce moment là dans ce train. Lorsqu’il descend du train, on peut apercevoir d’autres mennonites habillés comme lui dont des enfants blonds au visage pâle, c’est étonnant. Pour voir quelques photos et en savoir plus sur eux, on vous invite à aller voir le travail de Jordi Ruiz Cirera.

Notre trajet se passe sans encombre jusqu’à 5h du matin. Normalement, nous avons encore une heure de trajet mais il semblerait qu’aujourd’hui nous n’irons pas plus loin. C’est un peu la confusion car nous n’avons pas entendu d’annonce et la bolivienne derrière Daïnah secoue juste son siège pour qu’elle se redresse en pestant. On interroge les touristes à côté de nous mais ils ne savent rien. Daïnah s’adresse à une bolivienne qui lui explique qu’il y a un autre train sur les voies et qu’on va devoir finir le trajet en minibus.

Cette fois nous sommes bien réveillés. Nous ramassons nos affaires et nous prenons nos sacs à dos. Nous montons dans un minibus et nous terminons le trajet vers Puerto Quijarro. Beaucoup de boliviens s’arrêtent avant la frontière et nous arrivons au petit matin à destination. Le soleil se lève tout juste et le minibus nous dépose devant la gare. Nous marchons à pied jusqu’au poste frontière qui n’ouvre qu’à 7h du matin. Malgré tout, il y a déjà la queue. Un jeune brésilien vient nous parler pour nous proposer un tour au Pantanal. On est méfiants et de toute façon, nous ne ferons pas de tour au départ de Campo Grande. On lui explique tout ça clairement et il nous laisse rapidement tranquille. Il se dirige ensuite vers les touristes américains. Le rabattage se fait décidément de plus en plus tôt!

Le passage de frontière est d’une longueur incroyable. Nous passons plus de 4h à faire la queue ! Depuis le poste frontière il y a un bus qui nous emmène directement au centre ville de Corumbá. Heureusement qu’une vieille dame était là pour nous échanger nos derniers bolivianos sinon nous n’aurions pas pu payer notre trajet en bus. En quelques minutes nous voilà à Corumbá au Brésil. Sur la place centrale on aperçoit des toucans aux arbres et la température avoisine les 35°C, cette fois le contraste est saisissant. Il nous reste encore 18h de bus pour arriver à Cuiabá, notre destination finale, mais nous avons déjà le sourire aux lèvres en sentant la chaleur humide du Brésil. Mais oui, au final, nous allons enchaîner pas moins d’un jour et demi dans les transports entre Santa Cruz de la Sierra et Cuiabá.

Informations Pratiques pour Santa Cruz de la Sierra

Notre voyage en Bolivie s’achève ici. On reviendra en détail sur notre expérience en Bolivie dans un dernier article « bilan » puis nous vous raconterons notre voyage au Brésil. On a hâte de vous faire découvrir ce beau pays !

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