Voyage en cargo entre Rio et Dakar

Ce voyage en cargo, on l’avait imaginé des milliers de fois. On s’imaginait arpenter les couloirs de ce monstre des mers, on se voyait déjà s’émouvoir devant l’immensité de l’océan et on s’amusait à imaginer la vie de l’équipage avec qui nous allions partager ces quelques jours.

Dès qu’on voyait un cargo au loin, on imaginait qu’il s’agissait peut être du nôtre. On laissait nos pensées divaguer et on se retrouvait facilement au beau milieu de l’Atlantique. Ce voyage en cargo, on y pensait avant même de partir en tour du monde. On ne pensait pas avoir l’opportunité de le faire mais l’envie était trop grande. Lorsqu’on a décidé de se rendre en Afrique, on savait déjà comment on allait s’y rendre. Il suffisait juste de trouver le bon cargo.

Notre première rencontre avec le « Grande Africa » s’est fait en pleine nuit. L’agent de port qui devait nous tenir au courant de l’avancement de notre embarquement n’a pourtant pas été à la hauteur de l’événement. Alors que nous étions tranquillement en train de siroter une bière, notre cargo débarquait ses marchandises dans le port de Rio. En rentrant à l’auberge de jeunesse, nous découvrons un message de la mère de Clément. Le port de Rio essaye de rentrer en contact avec nous…

Nous sommes paniqués, nous devions embarquer à 5h du matin mais finalement, le cargo va partir bien plus tôt. Après quelques incompréhensions et un beau quiproquo, le gérant de l’auberge de jeunesse arrive à nous faire prendre un taxi en direction du port (on vous laisse imaginer la tête qu’il a fait lorsqu’on lui a expliqué qu’on prenait un cargo pour aller en Afrique).

Nous montons finalement dans le taxi. Arrivés au port, le chauffeur hésite à nous laisser seuls. Il nous demande à plusieurs reprises si c’est bien ici que nous avons rendez-nous. Il a dû mal à croire que deux touristes vont embarquer au port de Rio, et on le comprend…Inutile de vous dire que le port de Rio à 23h du soir n’est pas forcément l’endroit le mieux fréquenté de la ville. En arrivant aux abords du port, on a d’ailleurs remarqué plusieurs personnes « zoner » et cela ne nous a pas rassurés. Heureusement, nous entrons rapidement dans l’enceinte même du port, une zone surveillée et limitée d’accès.

On vous épargne le détail du quiproquo juste avant le dernier contrôle, à cause d’une faute dans le nom de famille de Daïnah. Nous avons ensuite attendu un bon quart d’heure avant de finalement accéder au quai où se trouvait le cargo. La faute à notre cher agent de port qui n’avait prévenu personne de notre venue….

Et puis soudain, on oublie tout et on l’aperçoit sur le quai. En même temps comment le louper, il fait la taille d’un immeuble. Un sentiment de vertige nous envahi en nous approchant du « Grande Africa », ce cargo est tout simplement gigantesque. Le marin nous laisse là et Sergueï prend le relais. C’est le second du capitaine et il nous escorte à l’intérieur. Nous entrons dans la gueule du géant, on ne sait pas si c’est l’alcool ingurgité plus tôt, l’excitation ou la fatigue mais nous avons l’impression d’être saouls. Les lumières du port se font plus vives et nous avons l’impression d’être dans un rêve. Sergueï nous pose quelques questions et il nous montre notre cabine. On a du mal à imaginer que ce sera notre « chez nous » pour au moins une semaine. On a à peine le temps de réaliser ce qui nous arrive. Nous qui avions très envie de voir le cargo quitter le port de Rio, cela ne se fera pas car la fatigue l’emporte. Nous entendrons juste au loin l’alarme du départ entre deux songes.

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Voyage en cargo: entre Rio et Dakar

Et puis soudain, on prend conscience que l’aventure (re)commence et qu’un nouveau chapitre s’ouvre. Nous allons découvrir une autre facette de l’Afrique (ou l’Afrique tout court pour Clément), traverser l’Atlantique et vivre au rythme de l’équipage pendant 8 jours. Une aventure multiple qu’on avait rêvé et qu’on peut enfin réaliser.

Comment vous expliquer en quelques lignes ce que nous avons vécu pendant ces 8 jours ? Comment décrire avec justesse ce que nous avons ressenti chaque jour ? Comment pouvons-nous résumer cette expérience hors du commun ? C’est toujours difficile de mettre des mots sur ce genre d’expérience et on va essayer de vous emmener le temps de cet article sur le « Grande Africa ».

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La première chose qui nous a étonné à bord du cargo, c’est la couleur de l’eau en pleine mer. Oubliez tout ce que vous avez vu ou tout ce que vous pouvez imaginer. Le bleu de l’océan en pleine mer est glacial, profond et fascinant. Chaque jour, nous passions plusieurs minutes à regarder le tumulte des vagues au dessous de nous. Les premiers jours, nous avons eu la chance d’être accompagnés par plusieurs baleines en pleine migration. Un ballet incessant et majestueux entre souffle timide et véritable feu d’artifice. On s’est amusé à les compter et on sursautait presque en voyant une baleine sortir de l’eau à quelques mètres seulement du cargo. Mais du haut du pont, les baleines ressemblent davantage à des dauphins qu’à des colosses des mers. Difficile d’imaginer la véritable taille de ces cétacés depuis notre point de vue.

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Huit jours sur un cargo c’est aussi l’occasion de partager des moments privilégiés avec l’équipage. Nous qui nous attendions à des matelots italiens (la compagnie « Grimaldi » est italienne), nous découvrons des marins Philippins et d’Europe de l’Est. Le capitaine est polonais et son second est bulgare. Mais avant de vous en dire plus, on vous prévient que le capitaine nous a fait promettre de ne pas dévoiler tout ce que nous avons vécu à bord du cargo. On a dû choisir les anecdotes que nous pouvions partager avec vous, voici quelques morceaux choisis.

Voyage en cargo: notre première journée

Le premier jour, le réveille sonne à 7h30, nous sommes un peu sonnés et nous avons du mal à croire que nous sommes en pleine mer. On se réveille doucement et on prend notre petit déjeuner en compagnie de Dora et Fritz, un couple Suisse d’un certain âge qui vient d’achever un tour de l’Amérique du Sud en camping-car et qui rentre en Europe. On apprend à se connaître et on discute de nos voyages respectifs. Alors que nous allons passer une semaine sur le cargo, eux rentrent en Europe et ils seront donc sur le cargo pour 30 jours environ ! Chaque début de journée se passera de cette façon, on prendra le petit-déjeuner ensemble pour démarrer notre journée.

Après notre copieux petit déjeuner, nous faisons la visite de notre cargo avec Jeramy qui est notre matelot référent pendant toute la durée du voyage. Il nous explique les règles de sécurité et il nous emmène sur le pont, là où il y a la salle de contrôle. C’est très impressionnant à voir, on se demande comment ces centaines de boutons peuvent contrôler un si gros engin. Après l’intérieur, place à l’extérieur du cargo. Le soleil nous surprend et une fois sur un des ponts, nous apercevons une masse énorme dans l’eau, il n’y a pas de doutes, il s’agit d’une baleine. Elle est assez proche de nous et on peut l’observer distinctement. Elle s’extirpe une nouvelle fois de l’eau avant de replonger en laissant une explosion d’écume derrière elle. Jeramy n’a pas l’air perturbé mais nous on reste sans voix devant ce spectacle.

A l’heure du déjeuner, nous retrouvons le couple suisse. Nous avons face à nous un buffet immense et après avoir compté chaque centime lors de nos repas, on doit apparaître comme des mort-de-faim. On se jette littéralement sur la nourriture: poulet, riz, mangues, salades, c’est un véritable festin et le plus beau, c’est que cela sera comme ça à chaque repas ! Ce jour là, nous avons rendez-vous avec le « master », le capitaine du cargo. On s’attendait à un homme portant l’uniforme mais finalement, Capitaine Marek porte un jean et un simple tee-shirt blanc. Il nous souhaite la bienvenue et il nous explique comment cela se passe au quotidien sur un cargo.Il nous apprend aussi que demain midi, c’est barbecue ! Ce sera l’occasion pour nous d’apprendre à connaître le reste de l’équipage.

Sur le cargo, nous avons accès à une salle de gym où il y a une table de ping-pong, il y a également une « piscine », un baby foot et une salle à manger où nous pouvons passer du temps. On peut aussi sortir sur le pont et profiter du soleil ou aller discuter avec les matelots, bref, il est difficile de s’ennuyer lorsqu’on est à bord!

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Barbecue et vie sur le cargo

Le lendemain midi, place au barbecue. L’équipage l’organise sur le pont car il fait bon et chaud. Nous sommes ravis d’assister à cet événement dès le début, cela nous permet de briser la glace et de discuter avec tout le monde. Pour les matelots, la vie n’est pas toujours rose car ils sont loin de leur famille pendant 8 mois. Ils nous expliquent que la paie qu’ils touchent est tellement intéressante pour eux qu’ils n’hésitent pas à faire ce sacrifice pour faire vivre leurs familles. Mais aucun ne se voit faire ce métier toute sa vie. Nous passons un excellent moment avec toute l’équipe et nous en apprenons plus sur la vie de chacun. Le barbecue est un véritable festin, du poulpe, des crevettes, du lard, un cochon grillé, des pizzas, etc. C’est assez incroyable de voir tout ça à bord ! Tout ce qu’on peut vous dire sur cette soirée, c’est qu’on a fini par pousser la chansonnette avec les matelots pendant un karaoké mémorable ! C’est aussi l’occasion de mieux connaître le capitaine, un homme charismatique qui nous raconte un tas d’anecdotes sur sa vie.

Le temps sur un cargo est comme suspendu. À bord, nous n’avons pas internet, pas de ligne téléphonique (mise à part une connexion d’urgence) et globalement aucun lien vers l’extérieur. La seule chose qui nous relie avec le reste du monde c’est une dépêche que le capitaine reçoit une fois par jour. Pour nous, cette dépêche est très importante car nous serons au beau milieu de l’Atlantique lorsque le coup de sifflet de la finale de la Coupe du Monde 2018 retentira en Russie.

Chaque jour, la vie suit sont cours sur le cargo, on bouquine, on s’occupe de notre blog, on regarde le spectacle incessant des baleines qui migrent et on profite des couchers de soleil depuis le pont du cargo. Durant notre traversée, nous avons pu partager un certain nombre de moment propre à la vie d’un cargo comme l’exercice incendie. Nous avons suivi avec intérêt la simulation et la préparation de chaque matelot et nous avons enfilé nos gilets de sauvetage avant de grimper dans le bateau de sauvetage. Les matelots sont contents de partager leur quotidien avec des personnes qui ne connaissent pas ce milieu et ils sont toujours très heureux de discuter avec nous.

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Visite du cargo et de la salle des machines

Nous avons eu l’occasion de faire un second tour plus « poussé » sur le cargo avec le second du capitaine, Serguei. Il nous fait visiter les différents « decks » et on découvre la fameuse salle des machines. C’est extrêmement bruyant et en même temps très impressionnant. Serguei nous explique en détail comment le cargo fonctionne et il nous emmène enfin vers le niveau le plus bas, au plus près de la mer. De là, on se rend compte de la puissance des vagues et on ressent davantage le cargo tanguer. Selon Serguei, on est à 6 sur une échelle allant jusqu’à 12 en terme de puissance, on imagine à peine ce que serait une traversée en pleine tempête…On finit notre tour sur le pont où le capitaine nous explique chaque outil utilisé sur le « bridge », des radars, des cartes, et tout un tas d’autres choses dont nous avons oublié le nom! On aperçoit aussi une date sur un écran, c’est notre arrivée potentielle à Dakar et on se dit que ça va vite passer, on ne s’ennuie pas une seconde sur le cargo et on aimerait rester un peu plus longtemps. Mais visiblement, les vents sont favorables et nous arriverons dans les temps.

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Voyage en Cargo: Le baptême du passage de l’équateur

Un moment important dans la vie d’un matelot, c’est le passage de l’Equateur. Lorsqu’un matelot passe l’Equateur pour la première fois, il se fait baptiser par le reste de l’équipage…Et pour les passagers c’est la même chose ! Le capitaine nous demande si on souhaite se faire baptiser, on ne comprend pas vraiment de quoi il s’agit au premier abord mais on accepte. Il faut savoir que le bizutage peut être assez coriace lorsqu’il s’agit d’un matelot mais pour nous, ce fut assez soft.

On souhaite être réveillés au moment précis où on passe l’Equateur. On rejoint Martin sur le pont. L’ambiance est surprenante, il fait nuit noire, on y voit rien et on a l’impression d’être en plein songe. On suit les degrés pour savoir quand on passera enfin l’équateur. Pendant ce temps, nous buvons un café avec Martin qui nous explique ce qu’il fait pendant ses heures de permanence sur le pont. On finit d’ailleurs par découvrir que c’est lui qui a contacté la mère de Clément et qui lui a expliqué (en français s’il vous plait) que nous étions attendu au port de Rio !

Après le passage de l’Equateur, on retourne se coucher pour quelques heures. Notre baptême aura lieu dans la matinée, sur le pont extérieur. On vient nous chercher et on nous emmène sur le lieu où nous devons nous faire baptiser mais au même moment l’alarme incendie retentit, on pense que cela fait partie de la mise en scène mais il n’en est rien. L’équipe doit intervenir dans la salle des machines et le capitaine nous invite à le suivre sur le pont. Un feu s’est apparemment déclaré dans la salle des machines et a rapidement été maîtrisé. A présent, il y a une inondation mais le capitaine reste stoïque, cela ne doit pas être si grave. Avec tous ces événements, la matinée passe vite et notre baptême est repoussé à l’après-midi.

L’équipe nous attend une nouvelle fois sur le pont extérieur, en début d’après-midi. Il y a des tambours, de la musique et la plupart de l’équipage est déguisé pour l’occasion. Ils ont installé plusieurs bouées qu’on doit traverser tout en se faisant arroser par des lances à incendie ! Clément passe en premier, il traverse les premières bouées et finit rapidement le parcours. Il s’agenouille ensuite devant Neptune en personne pour se faire adouber et obtenir son certificat, je le suis de près et je suis pas mal désorientée par la puissance des lances à incendie mais j’arrive au bout du parcours et j’obtiens également mon certificat. Nous sommes tous les deux complètement trempés mais on s’est bien amusés et l’équipe également !

baptême

baptême équateur devant neptune

passage équateur

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Dernier jour à bord du cargo et arrivée à Dakar

Le dernier jour arrive rapidement et nous n’avons pas vu le temps passer. Nous sommes tristes de quitter le cargo aussi rapidement, après 8 jours de traversée. Le voyage en cargo est déjà terminé. C’est bête mais nous nous sommes attachés à l’équipage et nous avons bien sympathisé avec eux. On à un vif pincement au coeur à l’idée de les quitter. On range nos affaires dans la cabine et on a du mal à croire qu’une semaine s’est écoulée depuis notre départ de Rio. Il est temps de dire au revoir au capitaine avec qui on discute une dernière fois longuement, c’est vraiment un homme charismatique et qui a tout de suite su nous mettre à l’aise. On sent que cela le touche aussi de nous laisser à Dakar et il nous demande plusieurs fois si on ne veut pas continuer le parcours avec eux jusqu’en Europe ou jusqu’au Maroc! Le dernier soir, nous dînons en compagnie du couple suisse et d’un certain nombre des membres de l’équipage, l’occasion de discuter une dernière fois tous ensemble.

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Enfin au loin, nous apercevons les lumières du port de Dakar, il est 22h il fait déjà nuit noire et ce scintillement est synonyme de retour à la terre pour nous. L’équipage est déjà sur le pont en attendant de retrouver une connexion avec le monde extérieur. Le pilote, le bateau en charge de guider le cargo jusqu’au port, vient à nous et nous guide. A quelques kilomètres, on aperçoit déjà la silhouette de l’île de Gorée. Vers 00h nous sommes à quai et les marchandises commencent à être déchargées. On assiste à tout ce tumulte depuis le pont extérieur, on se sent stressés et fatigués, bizarrement nous ne sommes pas pressés de descendre du cargo.

Le capitaine nous autorise à dormir sur le cargo cette nuit et à partir le lendemain après le petit déjeuner. Un chauffeur nous attendra pour nous emmener à notre hôtel. Nous sommes soulagés de débarquer le lendemain en pleine journée car nous n’avons pas réservé d’hôtels ne sachant pas le jour de notre arrivée. On profite une dernière fois du confort de notre cabine et on se prépare à vivre le dernier volet de notre tour du monde. On vous raconte notre arrivée à Dakar très vite sur le blog !

Informations Pratiques

  • Trajet Rio-Dakar en cargo par personne: 861€
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